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le magazine la croix

Cette semaine, le magazine la croix consacre un dossier sur la souffrance animale

je vous livre un petit extrait:

Un rapport sur le bien être animal doit être remis fin juin au président de la République

Entre les défenseurs de l’élevage comme manière de « cocooner » les animaux, et ceux qui dénoncent la cruauté des manières employés par l’industrie agro-alimentaire, le débat fait rage (photo sous licence « creative common »/fleur-design)

« Le concept de “production animale”, le fait d’utiliser les animaux comme une matière première à transformer, date du XIXe siècle, mais il a été appliqué à échelle industrielle ces dernières décennies », rappelle Jocelyne Porcher, sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).

L’animal a alors été formaté au système de production industriel, à la fois en augmentant la productivité par tête et en supprimant chez lui ce qui faisait entrave à cette quête de résultats.

Pour le porc, le système a été poussé à son maximum et concerne plus 90 % de la production annuelle des 25 millions de têtes en France. « Qui sait encore que le porc est un animal social et qui broute de l’herbe ? », interroge Jocelyne Porcher.

La prise en compte du bien-être de l’animal

Sans cultiver la nostalgie ou idéaliser les pratiques anciennes, la filière porcine n’échappera cependant pas à la nécessité de renouer avec les besoins de l’animal, les réglementations imposant peu à peu de prendre en compte son bien-être.

En attendant, grâce à la sélection génétique de lignées hyperprolifiques, une truie qui mettait bas 16 porcelets par an en 1970 en met bas aujourd’hui 27, et jusqu’à 31 pour les plus performantes, à raison de 2,3 portées par an.

Ses 14 tétines ont mal résisté à cet excès de sollicitations, d’autant plus que, maintenue en cage, la truie ne peut échapper à la voracité de ses petits. Pour éviter les blessures aux mamelles, s’est donc généralisée la section à la pince ou le meulage des dents des porcelets.

Rapidement sevrés, les mêmes porcelets, engraissés sur caillebotis dans des bâtiments, ont pris la fâcheuse habitude de grignoter la queue de leurs congénères pour remédier à leur désœuvrement (en milieu naturel, ils passent leur temps à fouiller et retourner le sol).

Pour éviter cette caudophagie, « forme douloureuse d’anomalie du comportement observée dans des conditions d’élevage intensif », comme la définit l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa), s’est institutionnalisée la pratique de la caudectomie ou coupe de la queue.

« L’animal crie dans les oreilles »

Ces mutilations pratiquées peu après la naissance des porcelets se sont ajoutées à la pratique ancienne de la castration visant à éviter un éventuel goût trop prononcé à la viande. Dans la filière porcine, ces interventions s’appellent « soins des porcelets ».

Pendant neuf ans, Christine Tribondeau a réalisé ces soins dans les services « maternité » de différentes porcheries. « Un travail pénible et douloureux ; l’animal crie dans les oreilles », se souvient-elle.

« La truie est une machine à reproduire, il faut prendre soin de la machine, explique-t-elle, déclencher l’une après l’autre la mise bas avec des hormones, “fouiller” la truie quand elle est fatiguée ou pas assez tonique, c’est-à-dire aller chercher les derniers porcelets au fond de l’utérus. Pas question de prendre le risque de perdre le ou les derniers petits, ceux qui font la marge. »

« On achève les trop frêles en les assommant »

Cependant, sur ces portées de 15, voire plus, tous ne sont pas viables. L’Institut technique porcin fait état de l’impact « défavorable de la prolificité sur la mortinatalité » et analyse les problèmes d’anœstrus (périodes sans ovulation), de chaleurs tardives, de truies vides, d’avortements, de petites portées, petits momifiés ou tout simplement d’une baisse du poids moyen des porcelets.

« Ceux, trop frêles, qui n’ont pas la force de téter, on les achève en les assommant », poursuit Christine Tribondeau. Les salariés doivent ainsi abréger les souffrances de manière répétitive et collecter les porcelets morts.

« Il ne s’agit pas de faire montre de sensiblerie. Dans un élevage traditionnel, l’éleveur est aussi confronté à la mort de ses animaux », reconnaît Jocelyne Porcher, la sociologue de l’Inra.

Pourtant, cela n’a rien à voir, selon la sociologue : « Alors que l’élevage traditionnel consiste à créer des liens privilégiés avec les animaux, l’organisation du travail dans la filière industrielle impose la cruauté. Ce système contient intrinsèquement une violence qui va au-delà de la violence perpétrée contre les animaux, c’est une violence humaine, une violence à l’égard de la vie. »

« Les abattoirs ne veulent plus des animaux malades qui ralentissent la chaîne »

Et la scientifique de décortiquer le système : « Les bêtes chétives, les truies sous-productives, celles qui ont une mammite, un problème de boiterie (fréquent à la suite de plaies aux pattes) ou qui ne prennent pas l’insémination sont éliminées. On ne soigne pas, on tue. Et comme les abattoirs ne veulent plus des animaux malades qui ralentissent la chaîne, il revient aux éleveurs de tuer eux-mêmes les bêtes. Pour ce faire, la filière porcine organise des formations pour tuer proprement, en asphyxiant, assommant ou électrocutant. »

Prochaine étape : l’élimination des cadavres in situ pour ne plus recourir aux services d’équarrissage, en cours de privatisation, dont les prix augmentent.

À l’instar des pratiques mises en œuvre en Amérique du Nord, l’interprofession Inaporc teste un prototype de biodigesteur – un immense composteur visant à accélérer à l’aide d’enzymes la dégradation des cadavres – à destination des élevages qui disposeront ainsi de la filière complète pour gérer un volume de cadavres évalué à 96 kg par truie et par an.

Des animaux « propres, dans un lieu propre »

Pourtant, tous les professionnels n’ont pas le regard aussi négatif. Pour Christine Drouilhet, éleveur dans l’Ain, le système d’élevage qu’elle ne veut pas appeler « intensif » mais « en bâtiment » a du bon. Ses animaux qu’elle affectionne sont « propres dans un lieu propre ».

Paille ou plein air génèrent à ses yeux trop de risques sanitaires. Et « en mangeant de la paille, le cochon fait plus de gras, ce qui ne plaît pas au consommateur. Les abattoirs, d’ailleurs, refusent les carcasses grasses. »

Christine Drouilhet a le geste expert ; elle pratique « en un éclair et sans faire couiner les bêtes » castration et caudectomie, qui restent des pratiques « incontournables ». Mais elle a pu supprimer section et même meulage des dents : « Les porcelets se bagarrent moins, car la nouvelle race de truie donne plus de lait. »

Des animaux « cocoonés »

Dehors, « il y a les intempéries, il fait trop froid ou trop chaud ». Dans le bâtiment maintenu à 22° C, ses animaux sont « cocoonés », assure-t-elle.

« Les scientifiques s’intéressent à la biologie de l’animal, mais le bien-être animal dans un élevage, c’est le rapport de l’animal avec ses congénères, son environnement et ses éleveurs. Or, tout cela a été supprimé en élevage industriel. Les animaux souffrent. Et cette souffrance est contagieuse, affirme encore la sociologue Jocelyne Porcher.

Pour supporter la violence envers les animaux, poursuit-elle, les personnes “se blindent”, font valoir leur courage ou leur virilité, participent à la course à la production comme dans une compétition sportive. »

« Des animaux qui ont des noms »

Elle sait de quoi elle parle. Elle fut d’abord éleveuse de brebis, puis a travaillé dans une porcherie avant de suivre un cursus complet de formation et de devenir sociologue spécialiste des relations homme-animal.

Au fil de ses enquêtes, elle a rencontré Christine Tribondeau et toutes deux témoignent de leurs expériences passées dans Une vie de cochon, à travers les questionnements d’une enfant (1).

« Un jour, on mesure son mal-être, sa fatigue morale et physique, l’énergie dépensée pour tenir. On se dit qu’on est des sauvages. Et moi qui voulais m’occuper d’animaux et conseiller les éleveurs… »

Au bout de neuf ans, Christine Tribondeau a jeté l’éponge. Un de ses collègues a, lui aussi, quitté la porcherie pour « s’occuper d’un élevage avec des animaux qui ont des noms ». Elle a refait sa vie dans le social et enfoui son passé dont elle n’a reparlé que neuf ans plus tard.

Marie VERDIER

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